McLaren Honda : Clap de fin

Il y a quelques mois, je me désespérais des mauvais essais de pré-saison de McLaren Honda. Je priais pour que l’association tienne bon au travers de cette tempête de saison 2017 qui s’annonçait. Les Dieux du sport auto n’ont pas répondu à mon appel…

L’amour dure trois ans

L’amour dure trois ans. Et ce n’est pas seulement Beigbeder qui le dit. Par tout un tas de processus chimiques, organiques, biologiques, que je n’expliciterai pas ici car je suis ingénieur, pas biologiste, la barre des trois ans est fatidique à bien des couples. Il est fort intéressant de remarquer que cette règle s’applique aussi à la F1. C’est fou tout ce que la F1 peut partager avec le monde vivant : Les écuries naissent et meurent, les forts intimident les faibles, les amours se font et se défont… Il y a quelques temps, un ami me disait : « on ne devrait jamais se remettre avec une ex ». Je ne peux, une fois de plus, que constater à quel point la F1 est régie par les mêmes mécanismes que nos vies quotidiennes.

Trois ans et puis s’en va. Exit le glorieux partenariat anglo-nippon. Exit les glorieux souvenirs de Prost et Senna, trustant les victoires dans leurs fières machines rouge et blanche, dont le hurlement déchirait l’atmosphère des GP. Exit, les évocations des millions de fans, béats d’admiration, tant devant le génie des pilotes que face à la formidable technologie embarquée dans leurs machines. Exit les gerbes de Champagne (et accessoirement, de mousseux sucré qui l’a remplacé sur les podiums) éclaboussant le staff de Woking. Exit la légende.

De gauche à droite : Ayrton Senna, Soichiro Honda, Alain Prost, Ron Dennis


Illusions et désillusions

Tout avant pourtant tellement bien commencé. Enfin presque. McLaren se cherchait depuis fin 2012 et le départ de Lewis Hamilton pour Mercedes, où il continue d’ailleurs encore aujourd’hui à décrocher victoire sur victoire. Après un passage en demie teinte d’un Perez encore trop jeune, suivi par les premiers pas hésitants de Kevin Magnussen dans le grand bain, les gris ne décrochaient que deux podiums, dont un sur tapis vert, sur les deux saisons 2013 et 2014. Pire encore, en 2014, McLaren est devancée par Williams, et ne termine qu’à une enjambée devant Force India, deux écuries pourtant mues par le même V6 Mercedes et disposant de fonds bien moins important.

C’est dans ce contexte qu’interviennent à quelques mois d’intervalles deux annonces. La première est le retour de Honda en F1 en tant que motoriste uniquement. L’objectif ? Faire revivre le partenariat le plus victorieux de l’histoire de la F1 en s’alliant à la mythique écurie McLaren. Ce projet, fort ambitieux, allait être porté par Jenson Button et (on l’a appris plus tard dans la saison) l’idole Fernando Alonso. Deux champions du monde considérés comme les tous meilleurs de la grille, avec Hamilton et Vettel, au volant d’un machine qui avait tout sur le papier pour gagner. Les tifosi tremblaient de peur, autant qu’ils enviaient ce qui se passait en Angleterre, c’est dire.

Pourtant, les fans ont vite déchanté. Les ingénieurs aussi visiblement. Le choix de McLaren de contraindre Honda à un moteur « taille de guêpe » était loin d’être judicieux. Les ingénieurs japonais partaient avec un an de retard sur la concurrence dans cette technologie V6 Turbo Hybride. Le concept trop extrême de ce moteur n’a rien pu amener de bon. Peu d’expérience des ingénieurs japonais sur cette technologie, et en F1 plus généralement, refus de recruter des européens pour progresser vite, conservation de la structure qui a fait les succès de la marque dans les années 80, mais totalement déphasée avec les besoins de la F1 d’aujourd’hui…  Avec le recul, il n’est pas étonnant que les choses n’aient pas fonctionné comme prévu.

La saison 2016 avait néanmoins été encourageante pour McLaren, avec un duo de pilotes capable de viser régulièrement les points et une 10e place finale au championnat pilote pour Alonso, McLaren finissant quant à elle au 6e rang des constructeurs. Mais dès les essais de Barcelone, une saison 2015 se faisait craindre à Woking. Et ça n’a pas loupé. Le changement de concept du moteur n’a tenu aucune des promesses formulées par Honda. Ni performance, ni fiabilité ne sont au rendez-vous et les mêmes problèmes de jeunesses qu’en 2015 se font sentir. En 2015, après le GP de Singapour, McLaren avait marqué 15 maigres points. Cette année, le total des gris s’élève à 17 points. Statu quo donc.


Interlude

 

     GP2 Engine… GP2… AAAHHH !

          I don’t want [to save fuel], I don’t want ! We’re looking like amateurs !

               Embarrassing, very embarrassing.

                    I’ve never raced with less power in my life.

                         Engine. Engine problem. Box.

                              The engine feels good… Much slower than before. Amazing.

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Problem mate ?


Un feuilleton digne de Paris-Match

Alonso, déçu une nouvelle fois, cherche alors une solution pour retrouver une compétitivité qui fait défaut à sa machine depuis 2013. Mercedes ? Hamilton est prophète en son équipe, et Bottas donne visiblement pleinement satisfaction à son équipe. On surprend même Hamilton à le comparer positivement à Rosberg, qui a pourtant coiffé la couronne suprême en 2016 à matériel équivalent. Ferrari ? Vettel n’aurait jamais accepté un pilote qui lui fait de l’ombre, et les souvenir de la période 2010-2014 sont encore bien présents. Red Bull ? Red Bull n’a pas recruté un pilote non issu de sa filière depuis 10 ans, pourquoi payer Alonso une fortune alors que Ricciardo et Verstappen sont parmi les meilleurs de la discipline. Renault ? Visiblement, une gloire de la F1 n’intéresse pas une équipe qui préfère miser sur la jeunesse pour retrouver les podiums à long terme. Williams ? Soyons sérieux…

McLaren en revanche, a tout intérêt à conserver Alonso. L’écurie de Woking est inexistante dans ses résultats. Un Alonso dans vos rangs vous assure qu’on parlera de vous, quoi qu’il arrive. Et son talent vous assure quelques points de temps en temps, malgré une monoplace à pédales. Alonso, n’ayant pas d’autre choix que McLaren pour rester en F1, commence à évoquer des envies d’Indycar ou de retraite. L’espagnol a en effet disputé les 500 miles d’Indianapolis, et on l’a rarement vu aussi souriant ces cinq dernières années. Alonso pose alors ses conditions pour rester chez McLaren : Un changement de moteur.

Difficile de savoir si McLaren souhaite changer de moteur pour conserver Alonso, ou si les gris pensent effectivement que c’est de là que viendra le salut sportif tant attendu. Toujours est-il que Sainz a signé chez Renault pour 2018, McLaren aura donc ses moteurs Renault l’année prochaine. Euh… Pardon ? Hééé oui… La F1 est en effet un magnifique jeu politique aussi.

Sainz signe chez Renault. Red Bull offre donc à Renault ce que Renault réclamait déjà depuis quelques mois. Renault accepte donc de casser le contrat qui la lie à Toro Rosso pour la fourniture des moteurs 2018. Honda peut alors motoriser Toro Rosso. Red Bull dispose donc d’un banc d’essais grandeur nature pour évaluer le moteur Honda en vue d’une éventuelle relation d’usine avec le constructeur nippon. Renault, n’ayant plus que deux écuries à fournir peut alors conclure un accord avec McLaren, restant ainsi à trois écuries motorisées au total, comme prévu. Alonso peut donc conserver son volant chez McLaren qui devrait être plus performante l’année prochaine.

Et tout le monde est content… Vraiment ?


Et maintenant ?

McLaren aura donc une unité de puissance Renault l’année prochaine. Seulement, Red Bull aussi. La vraie question demeure alors : A moteur égal, McLaren sera-t-elle capable de battre Red Bull, emmenée par la légende Adrian Newey ? Il s’agira là d’un test grandeur nature. Depuis des mois, on entend les responsables de McLaren chanter à qui veut bien l’entendre que le châssis McLaren est le meilleur du plateau, et que tous les maux de l’équipe proviennent du moteur. Ce discours a toutefois été lissé depuis quelques semaines. Le châssis McLaren ne serait plus que le 4e meilleur du plateau. De toute évidence, sans l’épouvantail Honda, McLaren semble forcée de revoir sa communication pour éviter de nouvelles déconvenues l’année prochaine.

Cependant, si McLaren devance les hommes de Milton Keynes, elle aura prouvé être encore une grande équipe, capable du meilleur. Son attractivité sera alors prouvée et elle ne mettra pas longtemps à retrouver ses sponsors, partis pour Mercedes, Force India et… Red Bull. L’enjeu est aussi de pouvoir conserver tous les ingénieurs talentueux que compte l’écurie. En effet, même si leur travaille se cantonne à l’usine, ils n’en sont pas moins de grands compétiteurs. Le cercle vertueux se mettrait alors en place et McLaren pourrait, à défaut de jouer le titre, au moins retrouver le haut de la grille. Remonter la pente, c’est tout le mal que l’on peut souhaiter à une écurie historique aussi importante dans l’Histoire de la F1 que McLaren.

Toutefois, on peut se poser une autre question. Le discours de McLaren était le suivant : Pour gagner, il faut être une écurie d’usine. Ce que McLaren ne sera pas avec Renault, même si elle disposera du même moteur que l’écurie d’Enstone. Si McLaren a choisi Renault pour conserver Alonso, n’était-ce pas là une décision prise avec une vision à court terme, pouvant à terme avoir des conséquences négatives ? Avec un peu de recul, je ne crois pas. Car à court terme, il n’y aura pas d’amélioration significative de la performance du bloc Honda (même si elle finira par arriver). Et à moyen terme, des grands chamboulements peuvent arriver en F1…

En effet, en 2021 devrait être introduit un tout nouveau moteur pour la F1. Ce moteur plus simple et moins couteux pourrait être conçu en interne selon certaines rumeurs actuelles. Il pourrait même donner envie au groupe Volkswagen de venir se frotter aux ténors de la F1. McLaren Porsche, voici de nouveau une association mythique de la discipline reine, encline à faire rêver les fans.  De plus, l’approche de Porsche est rigoureusement différente de celle de Honda, et c’est d’ailleurs ce qui leur a permis de remporter les 24H du Mans très peu de temps après leur retour, face à l’ogre Audi. Nul doute que, si les règles 2021 sont entérinées, McLaren essaiera de séduire Porsche pour une association pour pourrait s’avérer extrêmement fructueuse. Cependant, Red Bull, qui a de bons rapports avec le groupe Volkswagen tentera aussi tout son possible pour séduire le géant allemand.

Red Bull, justement, parlons-en. N’y a-t-il pas un risque pour McLaren de voir Red Bull récolter le fruit du dur labeur accompli avec Honda ? Fatalement, oui. Mais c’est peut-être ce qui pourrait arriver de mieux à McLaren. Si Red Bull est satisfaite de son moteur Honda, elle n’aura nul besoin d’aller séduire Porsche, ce qui laisserait la voie libre à McLaren. Un tournant pourrait malgré tout avoir lieu : Après avoir remporté 8 titres, et voyant son équipe glisser dans la hiérarchie d’un sport qu’il aime de moins en moins, Dietrich Mateschitz pourrait vouloir stopper son engagement en F1 et vendre son équipe… A Volkswagen justement.

Ceci dit, l’association Red Bull Honda pourrait avoir lieu bien plus vite que prévu. En effet, Red Bull n’a pas hésité à attribuer tous ses maux à Renault. Le moteur français est même rebadgé Tag Heuer cette année pour être installé sous le capot moteur des RB13. Renault pourrait donc ne pas renouveler son partenariat avec Red Bull pour la saison 2019, ce qui ne laisserait pas d’autre choix à l’écurie autrichienne que de se tourner vers Honda, compétitivité retrouvée ou pas. L’hypothétique option Porsche pourrait donc bien être la plus attractive pour Red Bull en 2021…

Il reste malgré tout amusant de constater que Red Bull pourrait changer de moteur pour Honda à cause du manque de compétitivité du moteur Renault, alors que McLaren fait le chemin inverse pour les exactes mêmes raisons. Quoi qu’il en soit, les saisons à venir seront passionnantes sur la piste comme en dehors.


My only friend, the end… 

Crédits photos : http://www.thisisf1.com

 

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