Verstappen : Pénalité méritée ?

Quelques jours après le GP des Etats-Unis qui a vu la remontée fantastique Verstappen jusqu’au podium avant d’être pénalisé, je reviens sur le bien-fondé (ou non) de ces 5 secondes ajoutées à son temps de course…

Les faits, rien que les faits

Revenons donc quelques jours (semaines même, le temps file) en arrière. Le F1 Circus fait étape à Austin, Max Verstappen s’élance de la 16e place en Super Softs. Il livre une performance de premier ordre dans les premiers tours de course, en avalant les pilotes de milieu de grille comme s’il jouait à F1 2017 en mode facile. Il prend même les commandes de la course entre les tours 21 et 22, grâce aux arrêts aux stands des leaders. Il s’arrête une première fois au 24e tour, après avoir été repassé par Hamilton.

Il repart alors en Softs, et semble parti pour aller au bout, comme Bottas ou Raikkonen qui se sont arrêtés avant lui (leurs Ultra Softs en bout de course) pour mettre les mêmes gommes. Cependant, Max n’est pas du genre à ménager ses pneus, et donne tout. Il revient même fort sur les Finlandais, et finit par s’arrêter aux stands une nouvelle fois, et repart de nouveau en Super Softs. Dans le sillage de Vettel, lui aussi en pneus frais, sa remontée est tout aussi spectaculaire que celle de l’Allemand, et il semble en position d’aller décrocher un podium. Il faudra encore pour ça se débarrasser de Bottas, et surtout de Raikkonen.

Si effacer la flèche d’argent frappée du numéro 77 est fait assez facilement, on a vite l’impression qu’il va manquer un tour à Verstappen pour aller chercher la troisième place du GP, détenue par Raikkonen. Verstappen attaque sans relâche pour revenir sur un Raikkonen qui fait tout pour retarder l’inévitable et conserver son podium. La lutte à distance entre les deux hommes est palpitante. Verstappen se rapproche, mais pas suffisamment pour tenter une attaque au bout de la zone de DRS. La messe est dite, Raikkonen sera troisième. Mais c’était sans compter sans le talent et la fougue de Max la menace, dans « le serré », la Red Bull, en pneus frais, est redoutable d’efficacité, et dans le double droit, Raikkonen laisse un trou de souris à l’intérieur, dans lequel s’engouffre Verstappen.

Et là, c’est le drame. Verstappen s’approche de Raikkonen, dont la trajectoire est un peu hésitante, il ressert d’ailleurs légèrement vers la corde. Verstappen semble un peu surpris et cherche à se maintenir le plus loin possible de la Ferrari, en serrant au maximum à l’intérieur. Le virage n’étant pas une belle courbe, mais étant « cassé », Verstappen met les quatre pneus en dehors des limites de la piste, matérialisées par des lignes blanches. Il dépasse finalement Raikkonen au cours de cette manœuvre qui s’est effectuée sans heurt et rejoint l’arrivée sur le podium. Puis après l’arrivée, le couperet tombe, Verstappen est pénalisé, et pour déjà la deuxième fois de sa courte carrière, il est éjecté de la cool room, au profit de Raikkonen, qui pourra gouter au Champagne. Mais était-ce la meilleure décision ?


Plaidoyer pour les courses d’attaque

Je vais donc donner mon avis sur la question. Et il est tranché. Soyons clair, Verstappen a dépassé les limites de la piste, et d’un point de vue strictement réglementaire, son dépassement était illicite. Pourtant, le pénaliser était une connerie. Et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, lorsque Verstappen lance son attaque, il y a la place de mettre sa Red Bull à l’intérieur du virage. Mais Raikkonen ne s’attendait pas à voir le jeune Red Bull Boy attaquer à cet endroit. Il a donc pris sa trajectoire habituelle, à la corde, et là, il n’y avait plus la place de mettre deux voitures. Verstappen étant presque au niveau de Raikkonen, et surtout beaucoup plus rapide, n’avait guère d’autre choix que de se jeter à l’intérieur pour éviter l’accrochage. Et la manœuvre a été brillamment réalisée. Aucun contact entre les deux voitures, ce qui nous montre une nouvelle fois à quel point les pilotes sont agiles. Mais si Verstappen avait cherché à rester dans les limites de la piste, il y aurait certainement eu contact entre les deux voitures, avec des conséquences probablement désastreuses pour la Red Bull comme pour la Ferrari…

Ensuite, comparons les courses de Verstappen et Raikkonen. Raikkonen est parti aux avant-postes, s’est même fait dépasser par Ocon au départ, et a profité de la bonne forme de sa Ferrari pour tenir son podium après une stratégie d’attente et d’économie. Certes, c’est la course, et c’est comme cela que l’on ramène le plus de point sur une saison. Mais quel ennui ! De l’autre côté, Verstappen a magistralement exécuté une stratégie basée sur l’attaque, avec trois relais équilibrés, préférant les Super Softs au lieu des Ultra Soft permettant plus d’attaque même si un peu moins performants. Il a réalisé un festival de dépassements pour remonter à l’avant de la course, et nous a tenu en haleine lors de sa chasse aux Finlandais. Et bordel, c’est ça que l’on veut voir ! Du suspense, du frisson, de l’attaque !

Lorsque l’on écoute les fans, la plupart nous disent que « c’était mieux avant ». Au-delà de la bêtise monumentale de cette réflexion (on y reviendra, mais il y aurait de quoi écrire des livres entiers là-dessus…), il y a quand même un message plus profond : Le spectacle est de piètre qualité en piste, ou du moins ressenti comme tel par les spectateurs, en partie à cause du DRS. Dès lors, pourquoi pénaliser un pilote qui a attaqué toute la course durant, produit de beaux dépassements, dont un de grand enjeu dans le dernier tour et sans DRS ? Alors que la critique qui revient le plus souvent est le manque de spectacle, on pénalise le pilote qui a le plus régalé la foule, au profit d’un pilote qui nous a tous endormis ?

Ce qui peut aussi irriter, c’est l’inconstance des commissaires. Faire respecter le règlement semble toujours d’une complexité extrême pour ces commissaires. Les décisions prises pour deux actions similaires, à deux semaines d’intervalle, sont parfois radicalement opposées. Ceci me laisse donc croire qu’il y a toujours une grande part d’interprétation dans le règlement, et donc une liberté dans les choix effectués par la direction de course. Pourquoi dans ce cas ne pas utiliser cette liberté pour laisser les pilotes se battre un peu plus, ce qui était d’ailleurs une des directives de Liberty Media, en ne sanctionnant pas ce genre de dépassement. Je ne prône pas des courses totalement anarchiques, mais lorsqu’un dépassement un peu litigieux est effectué au terme d’une course folle, d’autant plus dans des circonstances comme celles qui nous intéressent ici, pourquoi ne pas laisser l’avantage à celui qui l’a réalisé ? Ni la course, ni le championnat n’avaient pourtant été faussés.

En fait… Pour les commissaires, si. Car Verstappen avait gagné « un avantage durable » lors de cette manœuvre, ce qui n’était pas le cas de tous les pilotes (Vettel en tête), qui ont allégrement franchi les lignes blanches, tour après tour, pour élargir leurs trajectoires et grapiller quelques dixièmes. M’est avis qu’un pilote qui va grapiller trois dixièmes au tour sur 20 tours, et passer un autre pilote aux stands grâce aux 6 secondes mal acquises, en tire un avantage au moins aussi important que Verstappen lors de son dépassement sur Raikkonen. Le plaisir d’une manœuvre audacieuse en moins, bien entendu. D’ailleurs, Hamilton ne s’y trompe pas au briefing des pilotes du GP du Mexique, lorsqu’il demande des clarifications à Whiting, concernant l’attaque de Vettel lors de la sortie des stands du Britannique : Comme à son habitude, Vettel était sorti (trop) large à l’avant-dernier virage pour se rapprocher de Hamilton dans l’espoir de porter une attaque. Il n’a pas été pénalisé car il n’avait pas tiré « d’avantage durable » de cette manœuvre. Mais qu’en aurait-il été s’il avait dépassé Hamilton dans les limites de la piste ensuite, grâce à l’avantage pris en ne respectant pas les limites de la piste avant son dépassement ?


Le mot de la fin

Que retenir de cette histoire ? Au final, rien que nous ne savions déjà. Les commissaires, étant différents d’un GP à un autre, prennent des décisions parfois incohérentes, soumises à interprétation quand ça les arrange. Le spectacle en piste reste limité, et malgré les efforts des autorités dirigeantes pour attirer de nouveaux fans, je ne suis pas certain que brider les pilotes en privilégiant celui qui défend de la sorte soit le meilleur moyen de rendre la F1 plus attractive aux néophytes. Ce qui est rageant, c’est qu’il y a deux poids, deux mesures : Des petites infractions répétées ne seront jamais sanctionnées, alors que celui qui dépasse un autre pilote de manière un peu limite (d’autant plus s’il s’agit d’une Ferrari ou d’une Mercedes) est certain d’être pénalisé (sauf s’il s’agit d’une Ferrari ou d’une Mercedes).

Quant à Verstappen, il a pu revivre, après le GP du Mexique 2016, une expérience peu commune consistant à se faire éjecter de la cool room. Je ne me fais pas de soucis pour lui, il aura l’occasion de monter sur bien d’autres podiums à l’avenir. De plus, sa pénalité le replace à la quatrième place, qu’il aurait de toute manière obtenue s’il n’avait pas attaqué. Sur le plan comptable, cela ne change quasiment rien pour lui. Finalement, cette pénalité aura quand même eu un avantage de poids pour la bienséance américaine : Nous avons évité l’image d’un gamin de moins de 21 ans sirotant de l’alcool sous les applaudissements du public à la télévision !

 


Merci à F1 Fanatic pour les stratégies pneumatiques détaillées.

Pour revoir l’action en question

 

Massive attaque de Verstappen sur ce GP des EU… (j’aime aussi les jeux de mots moisis)

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